Les vikings inspirent une légende suisse

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Les vikings inspirent une légende suisse

Message  Invité le Dim 30 Déc - 22:07

Hello =)
Pour vous remercier de votre chaleureux accueil, je vous offre une petite histoire sur le célèbre Guillaume Tell, où comment sa légende est inspirée par une histoire nordique. Je vous laisse d'abord apprécier le récit de ce héros suisse pour ensuite terminer avec Toko.

Le document est sous copyleft (voir bas de page).
Et l'image a été ajoutée par mes propres soins.


La légende de Tell et celle de Toko


"A la fin du XIIIe siècle, alors que la Suisse dépendait du Saint Empire romain germanique, il y a avait dans un bourg du canton d’Uri un représentant de l’empereur, le bailli Hermann Gessler, qui terrorisait la population. Un jour, il exigeât que tous les habitants saluent son chapeau hissé sur la place publique d’Altdorf. Toute la population obéit sauf un homme, un montagnard. Un matin, il passa devant le chapeau, son arbalète à la main, accompagné de son fils de 10 ans, sans se découvrir.

Il fut aussitôt arrêté et conduit devant Gessler.

« Tu as la réputation d’être le plus habile arbalétrier du canton. Tu vas pouvoir le prouver. Que ton fils se place sous cet arbre. Compte cent pas et attends mes ordres. »

Gessler demande alors à un garde d’aller chercher une petite pomme et de la placer sur la tête de l’enfant.

« Si tu ne veux pas finir ta vie en prison, transperce cette pomme avec une flèche ! »

Guillaume Tell prit deux flèches dont l’une qu’il cacha dans ses vêtements. Devant la foule amassée, il visa longuement et tira. La flèche siffla et traversa la pomme sans la faire tomber.

Gessler demanda : « Pourquoi as-tu placé une deuxième flèche dans tes vêtements ? »

« Elle était pour toi au cas où j’aurais blessé mon fils ! »

Le bailli, fou de colère, ordonna que Guillaume Tell et son fils soient jetés dans une barque pour être menés à la forteresse de Kussnach. Mais, alors que le bailli et ses deux prisonniers se trouvaient sur le lac de Lucerne, un terrible orage éclata.

Gessler proposa à Guillaume Tell de prendre le gouvernail. « Mènes nous à bon port et tu seras libre. »

C’est ce que notre héros fit. Mais, en arrivant au pied de la forteresse, il sauta à terre en prenant son fils et repoussa l’embarcation. Il pointa son arbalète sur le bailli et le tua d’une flèche en plein cœur.

La mort du bailli déclencha un soulèvement des cantons contre l’Autriche. Une ligue se forma qui fut à l’origine de la Confédération helvétique.

Voilà comment Guillaume Tell devint un héros national et le fondateur officiel de la Suisse.

La légende a connu de nombreuses variantes pour la rendre crédible. Jusqu’en 1901, les écoliers suisses apprenaient l’histoire de Guillaume Tell puisque officiellement les historiens avaient validé cette version de la création du pays.


Quand la légende ne fait pas l’histoire

La légende de Guillaume Tell est très belle. Elle valorise le courage et la résistance d’un peuple face à l’oppression des occupants. Malheureusement, elle est entièrement fausse. Guillaume Tell n’a en fait jamais existé. En Suisse, un tilleul a longtemps marqué l’endroit où, selon la tradition, le fils de Guillaume Tell se tint une pomme sur la tête. Cette légende a été magnifiée par Friedrich von Schiller, dans son drame romantique daté de 1804, Guillaume Tell, un des classiques du théâtre allemand.

L’authenticité de la légende a été mise en doute dès le XVIe siècle.

Au milieu du XIXe siècle, l’historien Joseph Kopp, après avoir étudié les archives des cantons forestiers, conclut que Guillaume Tell n’a jamais existé.

La première référence écrite à Guillaume Tell apparaît dans quatre strophes d’une ballade datée de 1477, la Chanson de l’origine de la Confédération. On y trouve mention d’une arbalète et de flèches mais aucune allusion à un bailli du nom de Gessler. D’autres documents, le Livre blanc de Sarnen par exemple, font référence à un bailli impérial nommé Gessler et à un archer appelé Thall. Cette chronique a été publiée entre 1467 et 1474.


Sarnen
Staatsarchiv Obwalden
Sig. A.02.CHR.0003:447

www.e-codices.unifr.ch
e-codice a écrit:Le Livre Blanc de Sarnen fut écrit par Hans Schriber (1436!–1478), chancelier d’Obwald. Il fut appelé « Livre Blanc » parce que, à l’origine, il était conservé dans une reliure en peau de porc de couleur blanche. Il contient la copie des privilèges, des pactes et des plus importantes décisions du tribunal arbitral de la Landsgemeinde d’Obwald depuis 1316, et fut écrit, pour sa partie principale, en 1470/71. Ce cartulaire, le plus important de la chancellerie d’Obwald à la fin du Moyen Age, est conservé encore aujourd’hui dans les Archives cantonales. Le livre doit sa célébrité au fait qu’il contient le plus ancien récit de la légende de la fondation de la Confédération en seulement 25 pages (p. 441 – 465). L’histoire de Guillaume Tell et du fameux tir dans la pomme y sont racontés.

Les racines du mythe

Les renseignements que nous possédons ont été puisés dans une chronique écrite au XIIe siècle, intitulée Gesta Danorum, par un moine au curieux nom de Saxo Grammaticus. Cette chronique nous parle d’une histoire qui se déroule à la fin du Xe siècle, soit trois siècles avant la légende de Guillaume Tell.
Elle nous conte l’histoire d’un archer nommé Toke, qui s’est vanté de pouvoir traverser d’une flèche une pomme, posée sur un piquet éloigné de cent pas.
Le roi, agacé par cette vantardise, ordonna que l’on remplace le piquet par le fils de Toke. L’archer dut s’exécuter et sortit trois flèches de son carquois. Il releva le défi avec succès. Le roi demanda alors pourquoi il avait sorti trois flèches.

« Les deux autres t’étaient destinées si j’avais raté mon coup ! »

Il existe une autre version, assez semblable, et plus ancienne qui date des premiers siècles de l’histoire de la Norvège.

Guillaume Tell est donc né de l’imagination des conteurs scandinaves.

Comment cette histoire est-elle arrivée jusqu’en Suisse pour devenir un véritable mythe national?

Les historiens pensent que des populations vikings de l’île de Gotland s’installèrent dans un nouveau pays qui deviendrait la Suisse. Chassées par la famine, ces populations amenèrent avec elles leurs traditions et leurs légendes qui se mêlèrent aux traditions locales."
Les plus beaux mensonges de l’histoire, Guy Breton . Yerta Méléra, Guillaume Tell a-t-il existé ?, Miroir de l’histoire n°32


L'archer Toko : un précurseur danois de Guillaume Tell ?


Un nommé Toko était depuis quelque temps à la solde du roi. Par les services qu’il rendait, il portait ombrage au zèle de ses compagnons d’armes et il s’était fait plusieurs ennemis de ses vertus. Par hasard, dans l’ivresse d’un banquet, il se vanta d’une si grande pratique du tir à l’arc, qu’il pouvait à distance, du premier coup, atteindre une pomme placée sur un bâton, si minuscule fût-elle.

Ces propos, tombés d’abord dans l’oreille de gens malintentionnés, parvinrent ensuite au roi. Mais bientôt, la perversité du prince transforma l’orgueil du père en danger mortel pour son fils : il ordonna que l’enjeu chéri de sa vie remplaçât le bâton; et que si l’auteur du pari n’atteignait pas la pomme du premier coup, il payât sa vaine jactance de sa propre tête.

A cause des pièges de la jalousie d’autrui, tirant parti d’une vanterie un peu éméchée, l’ordre du roi obligeait le soldat à faire plus qu’il ne s’y était engagé. A la suite de ses propos, il était tenu de réaliser même ce qu’il n’avait pas dit. Il advint qu’il concentra ses efforts vers ce qu’il n’envisageait pas du tout et que, ce dont il ne s’était nullement déclaré capable, il le réalisa pleinement grâce à son savoir-faire. En effet, son caractère inébranlable, bien que pris au piège des diffamations, ne put se départir de sa légitime assurance. Plus encore : il accepta l’épreuve avec une confiance d’autant plus grande qu’elle était plus difficile.

C’est pourquoi Toko fit avancer le jeune homme et lui recommanda instamment de garder les oreilles à hauteur égale, la tête bien droite, et d’endurer avec le plus grand calme le sifflement du projectile, pour éviter que, par un infime mouvement du corps, il fît échouer l’expérience d’un art infaillible. En outre, prenant le parti de dissiper sa crainte, il lui détourna le visage afin qu’il ne fût pas effrayé en voyant le trait. Ensuite, il sortit trois flèches de son carquois, et de la première qu’il ajusta sur la corde, il atteignit la cible.

Si le destin lui avait fait toucher la tête du jeune homme, il n’est pas douteux que le malheur du fils eût rejailli sur le père, et que l’erreur du tir eût associé la mort du tireur à celle de sa victime. Aussi, je ne sais si je dois admirer davantage la valeur du père ou la force de caractère de son fils. L’un évita le meurtre par la sagesse de son art ; l’autre, grâce à son endurance physique et morale, fut l’artisan de son propre salut et sauva son père du parricide. En effet, il conforta son jeune corps d’une fermeté digne d’un homme mûr, manifestant pendant l’attente de la flèche autant de courage que son père montra d’adresse à la lancer. C’est ainsi que grâce à sa constance, il obtint ce résultat que la vie ne lui fut point ôtée, et que son père fut sauvé.

Mais le roi interrogea Toko. Pourquoi avait-il retiré plusieurs flèches du carquois, alors que son arc n’avait droit qu’à une seule tentative pour atteindre le but ? “C’était”, dit-il, “pour venger sur toi, par la pointe des autres flèches, l’égarement de la première, et pour éviter que mon innocence ne fît l’épreuve du châtiment alors que ta violence faisait celle de l’impunité”. Par une parole aussi franche, il enseigna à la fois qu’on lui devait un titre de courage et que l’ordre du roi méritait un châtiment."
Saxo Grammaticus, Geste des Danois, 10.7.1-10.7.3


Copyleft CLIOTEXTE, 1997-2012, Patrice Delpin
Documents utilisés sous licence CC-DPI
Pages :1, 2


Dernière édition par Sigvard Ketilson le Lun 22 Avr - 17:28, édité 2 fois

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Re: Les vikings inspirent une légende suisse

Message  Invité le Lun 31 Déc - 0:40

Alors juste... WAHO ! Très bien, écrit, très complet, très instructif et surtt on en apprend mieux sur les mythe de nos voisins (même si guillaume tell est très connu en France il n'est pas un "hero" pour autant). Alors quand e mythe moderne de nos voisin s'allie aux mythe anciens de nos chers vikings, et quand en plus c'est bien rédigé, juste bravo !

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Re: Les vikings inspirent une légende suisse

Message  Arnbjörn Larsson le Lun 31 Déc - 11:33

Bravo pour ce lien avec les écrits du Saxon lettré !

Vu le contenu freudien de l'histoire - le possible sacrifice du fils, la flèche, instrument inhabituel, le lien avec le pouvoir- j'y verrais bien un mythe encore bien plus ancien.

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Re: Les vikings inspirent une légende suisse

Message  Kaninen Rabiatkaninson le Lun 31 Déc - 13:56

ça c'est le genre d'histoire que j'aime.

C'est très bien présenté.

J'aime beaucoup.
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Kaninen Rabiatkaninson
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Très joli

Message  Wulfgard Varulvson le Lun 31 Déc - 15:11

Pour ma part je penses que les deux ont oublié une chose que Tolkien dit si bien:

"Nombreux sont ceux qui vivent et méritent la mort. Et certains qui meurent méritent la vie. Pouvez-vous la leur donner ? Alors ne soyez pas trop prompt à dispenser la mort en jugement. J.R.R Tolkien

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